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L’hiver au Saguenay

Sur l’aile des aquillons

Un jour l’Hiver nous arrive,

Et se glisse en nos maisons

Comme un importun convive.

                ***

Aussitôt, très proprement

Nous le mettons à la porte,

En chauffant et surchauffant

Le foyer, place très forte.

                ***

Alors, sans presque tarder,

Honteux, il lève le siège,

Et dehors s’en va rager

Sans trompette ni cortège

                ***

La plaine charme nos yeux;

Il la recouvre de glace;

Le fleuve est libre et joyeux;

Il l’engourdit et l’enlace.

                ***

Il fait signe aux frimas blancs,

Et les frimas blancs accourent;

Il commande aux ouragans,

Et les ouragans l’entourent.

                ***

Lors, prenant un air vainqueur,

Avec sa garde qui tonne

Il revient plein de fureur

Vers le foyer qui rayonne.

                ***

Il l’attaque brusquement,

Et l’ardent foyer pétille;

Il l’attaque savamment,

Et le foyer toujours brille.

                ***

Et pendant que nos maisons

Soutiennent ainsi le siège,

Au-dedans ris et chansons

Au doux plaisir font cortège.

                ***

Alors, non sans maugréer,

L’Hiver regagne la plaine,

Attendant pour se venger

Une occasion prochaine.

                ***

Mais vainement, plusieurs mois,

Il prépare en vengeance;

Toujours triomphant nos toits

Fument avec insolence.

                ***

Si bien qu’un jour, ô terreur!

Une tiède et douce haleine

Vient, pour comble de malheurs

Souffler sur la froide plaine.

                ***

L’Hiver se raidit pourtant

Contre les lois du zéphire;

Mais, hélas! Très promptement

Est renversé son empire.

                ***

À la fin, à reculons

Il retraite vers le pôle;

Alors même à nos balcons

La vive hirondelle vole.

 

Derfla.

L’oiseau-mouche, Petit séminaire de Chicoutimi, 30 mars 1895, Vol III No. 7

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